Spiritisme dans les mines du Pas-de-Calais : le cas Lesage

Augustin Lesage est né en 1876 à Saint-Pierre-les-Auchel, dans le Pas-de-Calais. Fils de mineur, mineur lui-même, il passe la première partie de sa vie dans la mine de Ferfay, près de Béthune. La naissance de sa vocation est racontée en 1925 dans un article du Petit Parisien à lire sur Gallica :

Un jour – en 1912 – dans la mine, des voix lui ont commandé de peindre. Il a voulu résister. Les voix l’ont éveillé, la nuit, et ne l’ont plus laissé en paix jusqu’à qu’il fût allé à Sin-le-Noble acheter des couleurs. Il n’avait jamais appris le dessin, touché un pinceau, su ce que c’était que le vert véronèse ou la terre de Sienne. Quand il fut, pour la première fois, installé devant sa toile blanche, il se demanda ce qu’il fallait faire : il abdiqua toute initiative, laissant sa main se conduire toute seule

Ses premières œuvres lui sont « dictées » par des défunts et, au départ, ne se considérant pas comme peintre, il ne les signe pas. Généralement, il exécute de très grands formats, constructions architecturales finement ciselées, d’apparence abstraite mais remplies de petits motifs :

Ce sont des toiles assez vastes, sans cadre, où s’enchevêtrent, tout en formant un ensemble harmonieux, mille figures et cent mille lignes dessinées avec un méticuleux souci du détail. C’est à la fois assyro-chaldéen, égyptien, arabe, hindou, tibétain, chinois, birman, persan et patagon. On court à la signature et on lit « Léonard de Vinci ». Simplement. En face, un autre nom : « Augustin Lesage, médium »

Augustin Lesage, Composition symbolique. L'énigme des siècles, 1929 © Tajan

Augustin Lesage, Composition symbolique. L’énigme des siècles, 1929 © Tajan

Il intègre rapidement le monde des médiums, participe au Congrès spirite international en 1925, peint en public à l’Institut métapsychique international de Paris. Ses œuvres, nées du vide et d’une forme d’automatisme, intéresseront particulièrement André Breton qui, dans ces mêmes années, théorise le surréalisme comme la « dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale » (Manifeste du surréalisme, 1924). Plus tard, Jean Dubuffet l’intègre à sa collection personnelle, qui deviendra en 1976 la Collection de l’Art Brut de Lausanne. Augustin Lesage est mort en 1954.

Composition symbolique. L’énigme des siècles, exécutée en 1929, a été vendue par la maison de vente Tajan le 10 avril. Huile sur toile de 3 mètres sur 2, elle était estimée entre 50 000 et 80 000 euros et a finalement été adjugée 300 000 euros (sans les frais), prouvant que l’art brut, pour reprendre le titre d’un livre publié en 2009 par David Maclagan (Outsider art : from the margins to the marketplace), a bel et bien trouvé sa place sur le « marché », après en être longtemps resté en marge.

Lesage aurait produit plus de 800 toiles. Il ne les vendait habituellement qu’au prix de revient des fournitures et du temps d’exécution – calculé au salaire horaire du travail du mineur…

Sources : le document très complet du LaM de Lille qui conserve des oeuvres d’Augustin Lesage dans ses collections, et la présentation du créateur sur le site de la Collection de l’Art brut de Lausanne.

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