1848. Le mobilier d’Alexandre Dumas aux enchères

Le 6 mai prochain, l’étude Aguttes vendra à Neuilly une affiche originale de 1848, annonçant la vente du mobilier de la propriété d’Alexandre Dumas à Port-Marly, lieu-dit « Monte-Cristo ».

Affiche de la vente du mobilier du château de Monte-Cristo, 21 mai 1848 © Aguttes

Affiche de la vente du mobilier du château de Monte-Cristo, 21 mai 1848 © Aguttes

En 1844, Alexandre Dumas achève Le Comte de Monte-Cristo, qui est publié en feuilleton dans Le Journal des débats et lui vaut un succès considérable. Enrichi par le succès des Trois mousquetaires cette même année, il achète un terrain sur les hauteurs de Port-Marly et confie à l’architecte Hippolyte Durand (1801-1882) la construction d’un château de style Renaissance. Baptisé « Monte-Cristo », il est achevé en 1847.

Le château de Monte-Cristo à Port-Marly. Source : Wikipédia

Le château de Monte-Cristo à Port-Marly. Source : Wikipédia

Charles Glinel, l’un des premiers biographes d’Alexandre Dumas, le décrit en 1884 comme « l’une des plus coûteuses folies de Dumas […] où, les parasites aidant, il engloutit la plus grande partie des sommes énormes que lui procurait sa plume ».[1] En effet, dès 1848, appauvri par une vie dispendieuse, lourdement endetté, ruiné par ses investissements dans le Théâtre historique[2] qu’il a ouvert l’année précédente et que la révolution de 1848 conduit à la faillite, Dumas est contraint de vendre le contenu de Monte-Cristo, moins d’un an après la pendaison de crémaillère…

Liste des objets proposés à la vente, détail de l'affiche, 21 mai 1848 © Aguttes

Liste des objets proposés à la vente, détail de l’affiche, 21 mai 1848 © Aguttes

La vente du mobilier ne suffira pas : le château est vendu à son tour en 1849. Dumas, poursuivi par ses créanciers, doit se séparer de sa ménagerie, de son vautour Diogène, de ses deux singes (Potich et Le dernier des Laidmanoir) et de sa guenon, Mademoiselle Desgarcins, achetée à un marchand d’animaux du Havre :

Je fis don au Jardin des Plantes du dernier des Laidmanoir, de Potich et de mademoiselle Desgarcins. Je perdais une maison, mais mes singes gagnaient un palais. Après les révolutions, il arrive parfois que les singes sont logés comme des princes, et que les princes sont logés comme des singes.[3]

L’affiche est estimée entre 1000 et 1500 euros.

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[1] Charles Glinel, Alexandre Dumas et son oeuvre. Notes biographiques et bibliographiques, Reims : F. Michaud, 1884, p. 407, disponible en ligne.

[2] Robert Vincent, « Théâtre et révolution à la veille de 1848 », Actes de la recherche en sciences sociales, 1/2011 (n° 186-187) , p. 30-41, disponible en ligne.

[3] Alexandre Dumas, Histoire de mes bêtes, Paris : C. Lévy, 1881, p. 347.

1787. L’interrogatoire du fou qui coupait la queue des vaches

Le 25 juillet 1787, un certain Pierre Gouteret subit un interrogatoire devant le présidial de Lons-le-Saunier. Créé en septembre 1696 dans le ressort du parlement de Dôle, dix-huit ans après le rattachement de la Franche-Comté à la France, le présidial avait été uni et incorporé au bailliage, comme à Besançon, Vesoul, Gray et Salins. À Lons-le-Saunier, les deux juridictions, bailliage et présidial, ne faisaient donc qu’une, si bien que les affaires du bailliage et du présidial étaient jugées par les mêmes magistrats, « officiers au bailliage et siège présidial ». Ces « cours siamoises » rendaient la justice du roi en matière civile et criminelle, pour peu que les justiciables aient fait appel à elles,[1] sous la responsabilité d’un lieutenant général. Saisi par la requête d’un demandeur, le juge ouvrait une procédure qui débutait par l’interrogatoire des témoins et, parfois, du suspect, « au lieu où se rend la justice ». Bien sûr, une requête ne débouchait pas forcément sur une audience et un jugement.

Partie méridionale du comté de Bourgogne ou Franche-Comté où sont les bailliages de Orgelet, Lons-le-Saunier, Poligny, Arbois, Salins, Pontarlier, les terres de St-Claude, et partie des Bailliages de Dole et Ornans / par le Sr Robert, 1749, détail

Partie méridionale du bailliage de Lons-le-Saunier, où l’on peut voir le village d’Augea. Partie méridionale du comté de Bourgogne ou Franche-Comté où sont les bailliages de Orgelet, Lons-le-Saunier, Poligny, Arbois, Salins, Pontarlier, les terres de St-Claude, et partie des Bailliages de Dole et Ornans / par le Sr Robert, 1749, détail. Source : BnF/Gallica

En cet été 1787, un vigneron d’Augea, Guy Féaux, avait parcouru la vingtaine de kilomètres qui le séparait de Lons-le-Saunier pour déposer une requête au siège présidial contre l’un des habitants de son village, situé aux confins du bailliage. La machine judiciaire d’Ancien régime s’était mise en route et, le 25 juillet, Pierre Gouteret comparaissait devant Pierre Hector Jean Baptiste Le Michaud, écuyer, seigneur d’Arçon, conseiller du roi et lieutenant général au bailliage et siège présidial de Lons-le-Saunier.

Grosse d'interrogatoire du 25 juillet 1787, Guy Féaux demandeur contre Pierre Gouteret défendeur. Collection privée

Grosse d’interrogatoire du 25 juillet 1787 pour Guy Féaux, demandeur. Collection privée © La Brouette de Couthon

La grosse de l’interrogatoire n’a pas conservé la trace des prétentions et des motivations du plaignant mais l’on comprend aisément, à la lecture de l’interrogatoire, pour quelle raison Pierre Gouteret pouvait être en délicatesse avec l’un des membres de sa communauté :

Interrogé pourquoi il a coupé la queue à trente-deux vaches, tiré les yeux à une et arraché la queue à une autre : a répondu que c’était pour les vendre et qu’il ne se souvient pas de ce qu’il en a fait ;

interrogé par quelle raison il voulait étrangler sa mère et son frère : répond que c’est parce qu’il l’avait fait ;

interrogé quelle était son intention lorsqu’il répandait de la farine de gaude à travers la cuisine de son père : répond qu’il n’en sait rien ;

interrogé pourquoi il se lavait les mains avec du vin : répond qu’il ne s’en souvient pas ;

interrogé pourquoi lorsqu’il était à l’église il mettait le bonnet du curé ou du vicaire, après quoi il s’allait laver les mains dans le bénitier : répond qu’il n’avait point de mauvaise intention, que c’était pour se divertir ;

interrogé pourquoi lorsqu’il allait manger des cerises dans les bois il ne s’en revenait pas coucher chez lui : répond qu’il couchait dans les bois parce qu’il s’y trouvait mieux ;

On imagine la perplexité du greffier Girard, qui prit en note l’interrogatoire, et du lieutenant général.

Extrait de la grosse d'interrogatoire mentionnant les atteintes portées à des vaches, 25 juillet 1787. Collection privée.

Extrait de la grosse d’interrogatoire mentionnant les atteintes portées aux vaches, 25 juillet 1787. Collection privée © La Brouette de Couthon

Ce dernier, après « plusieurs autres interrogations au dit Gouteret », en vint vite à la conclusion « que quoique ses réponses fussent assez justes, il n’était cependant pas en état de gérer son bien ». Cette litote a-t-elle directement à voir avec l’objet de la requête du plaignant, qui aurait demandé « l’interdiction » (ou mise sous curatelle) de Gouteret ? Ou la conclusion du lieutenant général signifie-t-elle qu’aucune suite ne serait donnée à la plainte ? Le juriste de Ferrière décrit longuement l’interdiction dans son Dictionnaire de droit en 1769, expliquant qu’elle « ne se prononce par le juge qu’en conséquence d’un avis des parents, pour empêcher que celui qui est prodigue et débauché, furieux ou faible d’esprit, ne dissipe entièrement ses biens ». Il poursuit :

Pour parvenir à l’interdiction pour cause de dissipation ou de démence, l’on présente une requête au juge ordinaire, dans laquelle on expose le fait pour lequel il est nécessaire d’interdire un tel particulier ; et l’on conclut à ce que les parents soient assemblés, pour donner leur avis sur le contenu en ladite requête […]. Quand il s’agit d’interdire un furieux ou un insensé, il doit être préalablement interrogé par le juge […]. Cet interrogatoire doit être écrit par le greffier, et ne doit pas seulement contenir les réponses de celui qui est interrogé, mais il doit encore faire mention de ses gestes, ris et actions, afin que l’on puisse par la lecture de cet interrogatoire, connaître l’état de son esprit.[2]

En Normandie, le droit coutumier prévoyait explicitement, « quand les imbéciles ou furieux n’ont pas de parents », que « les voisins » assument leur rôle et sollicitent une interdiction.[3] Peut-être était-ce possible en Franche-Comté, et cela explique peut-être la démarche de notre vigneron d’Augea.

"Furieux", dessin de Georges-François-Marie Gabriel issu d'un recueil de têtes d'aliénés dessinées à Charenton, vers 1823. Source : BnF/Gallica

« Furieux », dessin de Georges-François-Marie Gabriel issu d’un recueil de têtes d’aliénés dessinées à Charenton, vers 1823. Source : BnF/Gallica

Ce document témoigne quoi qu’il en soit de la prise en compte de la folie, par la justice royale à la fin du XVIIIème siècle, comme critère d’irresponsabilité pénale. La tentative de parricide (dans notre cas, l’étranglement de la mère et du frère) bénéficie ici, comme dans d’autres cas étudiés par Julie Doyon, « de l’excuse légale de la démence »,[4] dont le corollaire est l’interdiction civile du « fou ».

Le lieutenant général du bailliage-présidial de Lons-le-Saunier, ce 25 juillet 1787, a ainsi parfaitement assimilé les leçons de Daniel Jousse dans son Nouveau commentaire sur l’ordonnance criminelle d’août 1670, qui considérait que « celui qui est furieux ou insensé » n’a pas à être puni, « il l’est assez par sa folie ». 

Comme l’a écrit Julie Doyon, « savante et médicalisée, la lecture judiciaire de la folie fait [désormais] écho à la définition qu’en donne Voltaire en 1764 » :

Nous appelons folie cette maladie des organes du cerveau qui empêche un homme nécessairement de penser et d’agir comme les autres. Ne pouvant gérer son bien, on l’interdit ; ne pouvant avoir des idées convenables à la société, on l’en exclut ; s’il est dangereux, on l’enferme ; s’il est furieux, on le lie.[5]

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[1] Delorme Marie-Laure, « Criminels et justiciables : l’exemple du bailliage d’Argentan (1720-1750) », Annales de Normandie 2/2011 (61e année) , p. 55-79, www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2011-2-page-55.htm.

[2] Claude-Joseph de Ferrière, « Interdit », Dictionnaire de droit et de pratique, Paris : V. Brunet, 1769, vol. II, p. 48-49, disponible en ligne.

[3] David Hoüard, « Curatelle », Dictionnaire analytique, historique, étymologique, critique et interprétatif de la Coutume de Normandie, Rouen : Le Boucher jeune, 1780-1783, vol. I, p. 392-393, disponible en ligne.

[4] Julie Doyon, « Les enjeux médico-judiciaires de la folie parricide au XVIIIe siècle », Crime, Histoire & Sociétés / Crime, History & Societies, vol. 15, n°1 | 2011, http://chs.revues.org/1236

[5] Voltaire, « Folie », Dictionnaire philosophique portatif [1764], Étiemble (éd.), Paris, Garnier Frères, 1967, p. 205.

À la recherche des cendres perdues

Le samedi 18 décembre 1897, en tout début d’après-midi, une petite foule de journalistes, d’universitaires, de conservateurs et d’antiquaires, s’impatientent sous la coupole du Panthéon. Il est une heure et demie, l’heure à laquelle ils ont été convoqués. On reconnaît, discutant devant les fresques de Puvis de Chavannes, le conservateur du musée Carnavalet, Georges Cain, l’administrateur de la Comédie-Française, Jules Claretie, G. Lenotre, historien, et le marchand d’autographes Étienne Charavay. Sont également présents le député Clovis Hugues, Marcellin Berthelot, chimiste venu représenter l’Académie des Sciences, et Augustin Cabanès, historien de la médecine qui se spécialisera dans les maladies des grands hommes, étudiant notamment la paralysie de Couthon… Près des marches qui mènent à la crypte, les organisateurs de l’étrange cérémonie qui va débuter s’agitent autour du commissaire de police du quartier qui, arguant qu’il n’est chargé d’aucune mission officielle, explique qu’il ne pourra rédiger aucun procès-verbal des opérations. Ernest Hamel, sénateur, Henry Roujon, directeur des beaux-arts, et le critique d’art John Grand-Carteret lui répondent de ne pas s’en soucier : c’est eux qui président la commission des fouilles, ils s’en chargeront. Il est déjà deux heures et quart lorsqu’ils se tournent vers l’assistance et annoncent que les recherches pour retrouver les cendres de Rousseau et de Voltaire vont pouvoir débuter.[1]

La question troublante de savoir si oui ou non les sarcophages de Voltaire et de Rousseau devant lesquels la foule s’incline respectueusement contiennent les ultimes dépouilles des deux grands hommes qui rayonnèrent sur leur génération et même sur la nôtre, cette question va avoir sa réponse.[2]

Le corps de Voltaire était entré au Panthéon en juillet 1791, quelques mois seulement après la décision de l’Assemblée constituante de transformer l’église Sainte-Geneviève en un temple destiné à abriter les cendres des grands hommes de la nation. En octobre 1794, c’est au tour de Rousseau d’être panthéonisé. Leurs sarcophages reposent face à face, chacun d’un côté de la crypte.

Le sarcophage de Rousseau, reproduit dans Le Figaro du 18 décembre 1897. Source : Gallica/BnF

Le sarcophage de Rousseau, reproduit dans Le Figaro du 18 décembre 1897.             Source : Gallica/BnF

La Restauration marque, pour ces cercueils, le début d’une histoire mouvementée. Ils sont retirés de la crypte en 1821, « l’Église ne pouvant pas admettre en terre sainte les corps de libres penseurs »,[3] et déplacés dans une cave située sous le grand porche, en dehors de l’édifice. À cette date, cependant, les cercueils sont déjà censés être vides. Dès mai 1814, les squelettes auraient été dérobés en pleine nuit par de fervents royalistes et emportés dans un fiacre pour être inhumés, à deux heures du matin, sur un lit de chaux vive, dans un terrain vague de la Halle aux vins de Bercy. Si les cercueils ont été replacés dans leurs caveaux d’origine en 1830, ils étaient peut-être depuis longtemps délestés de leurs occupants. Le mystère s’épaissit tout au long du XIXème siècle, jusqu’à ce qu’il soit décidé de partir à la recherche de ces corps supposés perdus.

Le ministère de l’Instruction met en place une commission ad hoc en 1897, amenée par Ernest Hamel, parlementaire et auteurs d’ouvrages sur la Révolution. Jean Grand (1850-1927), bibliophile, collectionneur et érudit qui a pris le pseudonyme de John Grand-Carteret, en fait partie. L’exhumation est prévue pour le 18 décembre. Quelques personnalités, minutieusement choisies, ont eu la chance de recevoir des membres de la commission un laissez-passer pour assister aux recherches. La Brouette en a déniché un pour vous :

Laissez-passer autographe délivré par John Grand-Carteret pour l'exhumation du 18 décembre 1897 © La Brouette de Couthon

Laissez-passer autographe délivré par John Grand-Carteret pour l’exhumation du 18 décembre 1897. Collection privée © La Brouette de Couthon

Dès le matin, la grille de l’ancienne basilique est gardée par un agent de ville, et pour passer il est besoin de montrer une invitation. Je n’avais pour carte d’entrée qu’une lettre à en-tête de la Fronde, lettre dans laquelle on me signalait la cérémonie. Notre journal, qui datait de quelques jours à peine, n’avait pas encore été inscrit sur la liste des quotidiens de Paris.[4]

La suite est décrit dans de nombreux quotidiens, et notamment par L’Aurore :

« Il était deux heures un quart lorsque enfin les personnes présentes furent invitées à descendre dans la crypte. (…) Le cortège se dirige d’abord vers le tombeau de Voltaire, une petite pièce de trente mètres carrés dans laquelle bientôt on se bouscule. Le sarcophage a été préalablement ouvert et laisse apercevoir une grande boîte en bois blanc, sur laquelle on distingue la trace de scellés rouges ». « Des fleurs de lys s’y distinguent encore, écrit Le Journal, mais les scellés ont disparu ». Il faut maintenant ouvrir le cercueil. Problème : il n’y a pas d’ouvriers pour ouvrir la caisse. Une demi-heure plus tard, voici des ouvriers. « Les coups de marteau résonnent lugubrement sous la voûte. Le bois vole en éclats. On découvre un second cercueil cerclé de fer, dont on détache facilement la partie supérieure. La plus vive émotion nous étreint tous lorsque M. Ernest Hamel s’écrie, d’une voix tremblante :

Messieurs, le corps de Voltaire est présent !

On allume des allumettes pour mieux voir, car le jour commence à baisser, puis on apporte une lanterne. Les ossements de Voltaire apparaissent alors : le crâne, scié en deux par une section horizontale au-dessus des yeux ; les vertèbres, le bassin, très bien conservés ; les tibias, les os des pieds. Il n’y a pas trace de suaire, ce qui est assez curieux. »[5]

Article de L'Aurore, 19 décembre 1897. Source : Gallica/BnF

« Voltaire et Rousseau sont au Panthéon », article de L’Aurore, 19 décembre 1897. Source : Gallica/BnF

Les convives défilent devant le corps, le représentant de l’Académie des sciences manipule le crâne, on débat de sa ressemblance avec les portraits sculptés du philosophe. La commission se rend ensuite près du tombeau de Rousseau. Son cercueil est bien présent. « La besogne des ouvriers est plus pénible que la première fois, car, sous ce premier cercueil, il y en a un autre, également en plomb, qu’il faut ouvrir à coups de ciseau à froid. » On l’ouvre : le squelette est là, « admirablement conservé », les bras croisés. M. Berthelot prend le crâne, le voit intact, ce qui écarte la fameuse hypothèse du suicide de Jean-Jacques ».

Ernest Hamel dément alors publiquement, devant les invités, la légende de la profanation royaliste de 1814. Il ne reste plus à la commission qu’à faire fermer les cercueils, et à les sceller.

Extrait de l'article de John Grand-Carteret paru dans Le Figaro, 19 décembre 1897. Source : Gallica/BnF

Le squelette de Voltaire. Extrait de l’article de John Grand-Carteret paru dans Le Figaro, 19 décembre 1897. Source : Gallica/BnF

Le lendemain, la presse nationale met la nouvelle à la une. John Grand-Carteret racontera le déroulement des recherches dans Le Figaro du 19 décembre, donnant de nombreux détails sur la disposition des ossements dans les cercueils… et sur la taille des boîtes crâniennes de Voltaire et Rousseau :

Voltaire : transversal, 13 centimètres ; antéro-postérieur : 16 centimètres.

Rousseau : transversal, 14,5 centimètres ; antéro-postérieur : 17 centimètres.

Fin de la querelle entre l’auteur de Candide et le « père de l’égalité » : c’est Rousseau qui avait la plus grosse.

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[1] La presse nationale, les 18 et 19 décembre 1897, donne de nombreux détails sur les personnalités présentes lors de l’exhumation et sur le déroulement de la cérémonie. Voir notamment les articles du Figaro, de L’Aurore et du Journal – tous disponibles sur Gallica.

[2] Marie-Louise Néron, Notes et impressions d’une Parisienne, « Ouverture des sarcophages de Voltaire et Rousseau », Paris, 1914, Librairie Alphonse Lemerre, p. 13-21.

[3] John Grand-Carteret, « Ouverture des tombeaux de Rousseau et de Voltaire, Le Figaro, 18 décembre 1897. À parcourir sur Gallica.

[4] Marie-Louise Néron, op. cit., 1914.

[5] Ph. Dubois, « Voltaire et Rousseau sont au Panthéon », L’Aurore, 19 décembre 1897.

Le Kaspar Hauser du Midi

Avant d’entamer ce billet, il me faut préciser plusieurs points : d’abord, pour une fois, La Brouette ne vous amène pas à la découverte d’une œuvre ou d’un objet, mais simplement d’un étrange personnage qui, s’il « appartient à l’évidence au monde de l’art brut authentique », ne produit pas vraiment d’œuvres ; ensuite, je dois confesser ma dette à l’égard de ceux qui ont déjà écrit sur ce « Kaspar Hauser du Midi » (cette formule aussi, je l’emprunte à un journaliste de L’Humanité) ou ont contribué à le faire connaître, en particulier Jean-François Maurice, créateur d’un fanzine d’art brut et récemment disparu, et Antoine Boutet, réalisateur en 2009 d’un documentaire, Le Plein Pays, consacré à Jean-Marie Massou.

Jean-Marie Massou, Kaspar Hauser du Midi, 2010 © La Dépêche du Midi

Jean-Marie Massou, Kaspar Hauser du Midi, 2010 © La Dépêche du Midi

Jean-Marie Massou – puisqu’il s’agit de lui, vit dans le Lot, au lieu-dit « Limoges », à Marminiac. Analphabète, isolé dans une zone boisée, il creuse inlassablement, seul, de profondes galeries souterraines, déterre d’énormes roches qu’il déplace ailleurs, enregistre de manière compulsive des cassettes dans lesquelles il prédit la fin de notre civilisation, mise en péril par la surpopulation (« on est trop nombreux sur la Terre, trop nombreux sur la Terre. On est sept milliards, sept milliards, sept milliards, ça peut plus se sauver. Alors il est grand temps d’arrêter, d’arrêter de procréer. De complètement, de cesser, complètement et mondialement… »). Il abhorre la reproduction, adore Brigitte Bardot, elle qui est « vierge », et « propre ». Sa relation à la nature est intime, viscérale, il n’en est pas pour autant écologiste : comme l’explique Antoine Boutet, « il les déteste, d’ailleurs, les écologistes, et ne se gêne pas pour jeter ses déchets partout… De toute façon, pour lui, le monde est foutu ! »

L'une des constructions de Jean-Marie Massou, photographie de J.-F. Maurice parue dans Gazogène

L’une des constructions de Jean-Marie Massou, photographie de J.-F. Maurice parue dans Gazogène, 2000

En attendant cette catastrophe annoncée, Jean-Marie « creuse des galeries, déblaie d’anciennes failles rocheuses, aménage des cavités et des puits naturels qu’il « fortifie » ou recouvre de blocs de roches comme de modernes tumulus » (Jean-François Maurice, « Jean-Marie Massou, l’homme qui creusait des trous », Gazogène, n° 17, article à lire in extenso ici).

À la fin des années 1990, il a semble-t-il été interné pour être allé, après le décès de sa mère, déterrer son cercueil pour le rapporter à la maison*. En 2010, Antoine Boutet racontait que Jean-Marie Massou, désormais, ne creusait plus : il employait son temps à sculpter les nombreuses pierres qu’il a, pendant plus de quarante ans, sorti de terre, leur parlant ou les insultant lorsqu’elle lui résistait. Ses grottes artificielles, fragilisées par les ruissellements et l’érosion, disparaissent peu à peu sous la forêt. Et depuis un petit article que lui consacrait, en 2010, La Dépêche du Midi, nul ne sait ce que devient, « en son royaume du Lot », le Kaspar Hauser du Midi.
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*Jean-François Maurice, « Du Beau, du Bon, Dubuffet »Gazogène, n° 21, 2000.

Céline à 10 ans

Très court billet sur La Brouette pour partager cette photographie de Louis-Ferdinand Céline à l’âge de 10 ans, le jour de sa première communion à l’école Saint-Joseph des Tuileries, à Paris, le 18 mai 1905. Cette photographie rarissime, reproduite dans l’Album Céline de La Pléïade (J.P. Dauphin et J. Boudillet, Paris, Gallimard, 1977, p. 24), est en vente à Drouot le 17 juin prochain. Estimation : 3000-4000 euros.

Louis-Ferdinand Céline le jour de sa première communion, 1905 © Bailly-Pommery & Voutier Associés

Louis-Ferdinand Céline le jour de sa première communion, 1905 © Bailly-Pommery & Voutier Associés

Mirabilia. Une reliure en peau humaine

Le 16 mai 2014 sera vendue aux enchères la bibliothèque de Philippe Zoummeroff, industriel à la retraite et collectionneur. Il a patiemment rassemblé, au fil des années, des centaines de livres, de manuscrits et de photographies sur l’histoire de la justice, la criminologie et la peine capitale. L’énorme catalogue de plus de 300 pages est rempli de documents étranges, dont des lettres de prison de Joseph Fieschi, auteur de l’attentat « à la machine infernale » contre Louis-Philippe, la fiche anthropométrique de l’anarchiste Ravachol et des lettres de Raoul Villain, étudiant à l’École du Louvre qui, le 31 juillet 1914, assassina Jean Jaurès.

Mais c’est sans doute le lot 237 qui est le plus insolite. Pour faire court, il s’agit tout simplement d’un recueil de documents autographes sur les assassins Mailly et Rambert rassemblés, dixit le catalogue, « dans une étonnante reliure faite avec la peau de Rambert ».

Photographie de Louis-Marius Rambert au moment de son arrestation, 1930 © Pierre Bergé & Associés

Photographie de Louis-Marius Rambert au moment de son arrestation, 1930 © Pierre Bergé & Associés

Louis-Marius Rambert (1903-1934) et Gustave Mailly (1903-?) ont été condamnés à mort par la Cour d’assises du Rhône le 28 octobre 1932 pour le double assassinat à Écully , au cours d’un cambriolage qui aurait mal tourné, d’un chimiste et de sa tante. Ils sont finalement graciés et leur peine commuée en travaux forcés à perpétuité. C’est au cours de son incarcération que Rambert fait la connaissance du docteur lyonnais Jean Lacassagne, fils d’Alexandre Lacassagne (1843-1924), pionnier de la médecine légale et l’un des tout premiers à s’intéresser à la sociologie criminelle et aux codes du monde de la délinquance.

Le docteur Lacassagne examine de nouveau le larynx de Gouffé, dans La Malle sanglante, par Jules de Grandpré, Paris, Fayard, s.d. (BM Lyon, 135262). Source : BM de Lyon/Numelyo

Le docteur Alexandre Lacassagne examine le larynx de Gouffé, dans La Malle sanglante, par Jules de Grandpré, Paris, Fayard, s.d. (BM Lyon, 135262). Source : BM de Lyon/Numelyo

Amené à réaliser l’expertise psychologique de certains criminels, soucieux de connaître leur parcours, leur personnalité, Lacassagne les invitait à rédiger leur autobiographie. Son fils Jean (1886-1960), médecin comme son père, fut comme lui un grand criminologue. Comme le faisait son père*, il entretint une importante correspondance avec de nombreux criminels, leur demandant d’écrire le récit de leur vie. C’est ce qu’il fit avec Rambert qui, depuis sa cellule, rédige ses mémoires, écrit une relation détaillée du crime d’Écully, de son arrestation. Le 12 juin 1932, Rambert, certain de sa condamnation à mort, rédige son testament :

Ayant ni père, ni mère, et le restant de mes parents ne s’occupant du tout de moi, et moi sentant très bien que je ne veux [sic] pas faire de vieux os, je tiendrais, une fois mort, à ce que mon corps fût donné à la Faculté de médecine et ma peau, pour les tatouages, à vous seul Monsieur le docteur Lacassagne

Le docteur Lacassagne, père, se passionnait pour l’étude des tatouages : médecin militaire en Algérie, dans les années 1870, auprès des bataillons d’Afrique, il entreprend de relever les marques corporelles dont s’ornent les soldats** et, en 1881, il publie un essai sur le sujet (Les tatouages : étude anthropologique et medico-légale). Comme me le signale une lectrice attentive de La Brouette, il encadre également des thèses sur le tatouage, aujourd’hui conservées dans le fonds Lacassagne de la bibliothèque universitaire Lyon 1.

Pour lui, comme pour les premiers criminologues, le tatouage est un signe objectif de délinquance. Leurs successeurs, comme Edmond Locard, fondateur du premier laboratoire de police scientifique (à Lyon, en 1910), réfutera tout lien de cause à effet entre la criminalité et le tatouage. Il s’intéressera aussi au tatouage sous l’angle de son « utilité identificatoire », alors que la dactyloscopie, l’identification par l’empreinte digitale, en était encore à ses balbutiements.***

Jean Lacassagne poursuivra, comme médecin des prisons de Lyon, les collectes initiées par son père, en particulier sur les tatouages de criminels. En 1934, notamment, il publiera un supplément à la revue médicale Crocodile sur les Tatouages du Milieu. Mais comme l’a écrit Xavier Domino, l’intérêt de Jean Lacassagne pour les tatouages « n’a plus rien à voir avec celui, hostile, froid et réprobateur des premiers temps de la criminologie : il s’apparente bien plus à la passion curieuse, voire à l’obsession ». Il accumulera une documentation abondante, mais également des bouts de peau tatouée, soigneusement conservés et tannés, qu’il léguera ensuite au musée des techniques policières d’Edmond Locard, à Lyon.

Plat du recueil sur l'affaire Rambert & Mailly, relié avec la peau de Rambert, années 1930 © Pierre Bergé & Associés

Plat du recueil sur l’affaire Rambert & Mailly, relié avec la peau de Rambert, années 1930 © Pierre Bergé & Associés

Le 25 janvier 1934, Rambert, qui avait été gracié, meurt de la tuberculose à la prison Saint-Joseph de Lyon. Comme il l’avait prévu dans son testament, sa peau tatouée revient à Jean Lacassagne. Il fera appel au relieur lyonnais Albert Guétant pour qu’elle « habille » le recueil regroupant l’ensemble des confessions autographes de Louis-Marius Rambert.

Il faudra débourser entre 10 000 et 12 000 euros pour faire partie du club très fermé des possesseurs de livre en peau de tatoué.

Mise à jour du 7 mai 2014 : j’ai déjà évoqué, dans un précédent billet, les dispositions juridiques qui réglementent la vente de restes humains. Selon ces règles, notre peau tatouée ne peut être vendue que si l’on considère qu’elle constitue « sans équivoque » un bien culturel. Est-ce le cas de cette reliure ? La polémique est ouverte puisque, comme le signale une dépêche AFP du 7 mai 2014, le Conseil des ventes volontaires, l’autorité de régulation du marché, « devrait selon toute vraisemblance » demander que le recueil soit retiré de la vente (cf. cet article paru dans Libération). Affaire à suivre.

Mise à jour du 19 mai 2014 : l’ouvrage a bel et bien été retiré de la vente.


*Philippe Artières a édité certaines des autobiographies écrites par des criminels à la demande d’Alexandre Lacassagne : Le livre des vies coupables. Autobiographies de criminels (1896-1909), Paris, Éditions Albin Michel, 2000, 425 p.

**voir à ce sujet Muriel Salle, « Corps rebelles. Les tatouages des soldats des Bataillons d’Afrique dans la collection Lacassagne (1874-1924) », Clio. Femmes, Genre, Histoire, n°26, 2007, p. 145-154.

***Xavier Domino, « Fleurs de bagne. Photographies de tatoués dans l’entre-deux-guerres », Études photographiques, n°11, 2002.

Mirabeau se fait la belle (1776)

C’est au pays de l’absinthe (qui n’y était pas encore née) et du vin de paille* qu’Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau (1749-1791) arrive, à l’été 1775, après avoir passé quelques mois en détention au château d’If… L’ancien étudiant en droit de 26 ans est un dépensier invétéré et c’est à la demande de son propre père, le marquis de Mirabeau, que le jeune homme a été emprisonné sur lettre de cachet. C’est aussi sur les instances de son père qu’il est finalement transféré en Franche-Comté, près de Pontarlier, « relégué parmi les ours du mont Jura », « au milieu des frimats et des neiges », comme  il l’écrira plus tard (c’est à lire ici, p. 87).

Alexis-Victor Joly, Vue du château de Joux prise des bords du Doubs, 1828. Source : BnF/Gallica

Alexis-Victor Joly, Vue du château de Joux prise des bords du Doubs, 1828. Source : BnF/Gallica

Etant donné le climat, en effet, sa détention au fort de Joux ne s’annonçait pas comme une sinécure. « Le séjour de ce château ne serait pas supportable sans le voisinage de Pontarlier », écrivait-il, mais heureusement pour lui, grâce à la libéralité du gouverneur de la place, il bénéficie très rapidement de permissions de sortie pour la grand ville. Il intègre les réseaux de sociabilité de Pontarlier, s’introduit chez le marquis de Monnier, premier pré­­sident hono­­raire de la chambre des comptes de Dôle. Ce dernier, 70 ans, veuf, a épousé une jeune femme de 20 ans, « Sophie ». Mirabeau séduit Sophie et se fait la belle**…

Le 14 janvier 1776, il décide de ne plus rentrer dans sa prison. Il se cache quelques temps chez des habitants de Pontarlier avant de gagner Dijon.

La lettre qui passe en vente le 28 avril à Paris, Mirabeau l’a écrite juste après son évasion de Joux, alors qu’il est hébergé par des habitants de Pontarlier. C’est une lettre historique, déjà connue, qui a fait partie au XIXe siècle du catalogue du grand marchand d’autographes Étienne Charavay et a été éditée en 1891, dans un opuscule à lire sur Gallica. Il s’agit très certainement d’un brouillon de lettre, en fait, comme cela a d’ailleurs été noté a posteriori dans le coin gauche du document ; cela dit, étant donné les conditions dans lesquelles se trouve Mirabeau au moment de la rédaction, il peut aussi s’agir de la lettre vraiment envoyée, malgré les ratures et les corrections.

Lettre autographe signée de Mirabeau à un "cher ami", 21 janvier 1776 © Alde

Lettre autographe signée de Mirabeau à un « cher ami », 21 janvier 1776 © Alde

Elle est adressée à un proche ami, il y justifie son évasion, énumérant les obstacles à son retour dans la forteresse, parmi lesquels la malveillance de son geôlier et sa trop longue détention (!) :

Le troisième obstacle, et qui n’est pas le moins fort, est, je vous l’avoue, mon cher, une passion impétueuse que je ne puis ni ne veux vaincre : je ne retournerai jamais au château. Mon amie est à Pontarlier, je l’adore, je suis aimé, je ne serai pas prisonnier à une lieue d’elle. Mais, mon cher, cet amour, qui vous paraît sûrement un grand inconvénient, est la seule chose qui puisse me sauver et me rendre à ma patrie et à ma famille […]

Surtout, Mirabeau demande au destinataire d’intercéder en sa faveur en écrivant à son père. La lettre qu’il lui demande d’écrire est livrée « clé en main », puisque Mirabeau lui en décrit tout le contenu, tous les arguments, tous les passages. Le tout est très théâtral et franchement drôle, gentiment machiavélique. C’est House of Cards dans le Jura, c’est le Bernard Tapie de Pontarlier. Voilà ce que Mirabeau lui demande d’écrire :

Vous avez fait tout ce que vous avez pu pour me faire revenir ; le mauvais procédé de M. de Saint-Mauris [son geôlier], la crainte d’une prolongation de prison, et surtout le désespoir de me voir plus que jamais brouillé avec mon père, de regarder toute espérance de fortune et d’avancement comme détruite par son mécontentement, m’ont rendu inflexible ; mais vous avez obtenu que je ne passerais pas dans le pays étranger, ce qui aurait été le sceau de ma fuite absolue et éternelle ; je vous ai montré la plus tendre, la plus vive sensibilité au plus léger espoir que toute réconciliation ne m’était peut-être pas fermée avec mon père ; vous ne savez pas où je suis, mais vous êtes certain par mon serment que je suis en France et vous avez des adresses pour me faire passer des lettres ; vous ne pouvez supporter l’idée de la perte d’un jeune homme de si grande espérance, fait par ses talents pour être précieux à sa patrie, et la consolation d’un père qui est l’honneur de son pays, auquel il ne doit pas ôter un tel citoyen ; vous vous jetez personnellement à ses genoux pour obtenir ma grâce ; vous le suppliez de vous rendre porteur de paroles de paix ; vous vous engagez à tout en mon nom ; vous vous portez caution de mon exactitude à remplir tout engagement qu’il m’imposera, pourvu que ma liberté soit sauvée, parce que vous me savez inébranlablement opiniâtre à la conserver.

Que vous semble-t-il de cette lettre, mon cher ami ? Certainement, si elle ne fait pas de bien, elle ne peut faire de mal, ni à vous, ni à moi, et j’en attends le plus grand effet

Cette lettre top est estimée entre 3000 et 4000 euros. Mirabeau poursuivra sa cavale jusqu’à Amsterdam, en compagnie de Sophie. Les amants y seront arrêtés : Sophie, envoyée dans un couvent à Gien ; Mirabeau, emprisonné au donjon de Vincennes jusqu’en 1780…

Mirabeau, dessiné et gravé par Bréa d'après le buste moulé sur nature par Deseine, 1792. Source : BnF/Gallica

Mirabeau, dessiné et gravé par Bréa d’après le buste moulé sur nature par Deseine, 1792. Source : BnF/Gallica

Le catalogue de la vente est disponible ici.

Mise à jour du 6 mai 2014 : la lettre a été adjugée 5000 euros, sans les frais.


 

*Lisez-moi cette description de la manière dont on produit le vin de paille, je l’emprunte au Traité théorique et pratique sur la culture de la vigne de Chaptal, Parmentier & Dussieux (1801) : on fait le vin de paille en cueillant les raisins par un temps sec et un soleil ardent ; on les étend sur des claies, sans qu’ils se touchent ; on expose ces claies au soleil, et on les enferme lorsqu’il est passé ; on enlève avec soin les grains qui pourrissent ; et lorsque le raisin est bien fané, on le presse et on le fait fermenter. J’en salive.

**Attention : aucun jeu de mots licencieux ne s’est glissé dans cette phrase.

Les Martiens de Labelle, astronaute de Villeneuve-sur-Lot

On avait dit qu’il était passé un dragon autrefois dans le ciel, mais les dragons ça ne correspondait pas à moi. Les tritans (sic) qui sont dans la mer, ça correspondait pas à moi. Alors, évidemment, puisque ça ne correspondait à rien, je vais dire : Martien ! J’étais attiré, le soir, par les étoiles, par le brillant des étoiles. Alors, j’ai dit, pourquoi pas la planète Mars ? J’utilise l’ocre jaune, le rouge, un peu comme les couleurs de la planète Mars. Alors j’ai appelé Martiens : nulle part ailleurs on voit ces personnages. Ils sont typiquement à moi, ils sont sortis de quelque part. Alors j’ai dit pourquoi pas Mars ? Je me suis dit pourquoi pas des Martiens ! Et pourquoi pas ? Pourquoi pas ?

André Labelle est aujourd’hui âgé de 80 ans. Il est né en 1934, à Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, où il a travaillé, comme employé municipal, à l’entretien des jardins de la ville. Il imagine la disposition des parterres, dessine les plans des massifs. À force d’en faire, il prend de plus en plus de liberté avec les compositions, les formes deviennent de plus en plus « futuristes ». Évidemment, « ça passait pas », trop compliqué à faire (« on avait pas des machines pour passer entre, maintenant, c’est pas pareil, avec des rotofils on le ferait ! »).

"Paysage martien", actuellement exposé au musée Ingres de Montauban © La Brouette de Couthon

« Paysage martien », actuellement exposé au musée Ingres de Montauban © La Brouette de Couthon

Il continue pourtant à dessiner ses massifs, remplissant des cahiers empruntés à ses enfants. Les formes alambiquées des massifs se remplissent d’écailles, de stries, de volutes. Vient alors le besoin de nommer : les anciens plans deviennent des « vaisseaux », des « trous noirs », des « dragons » et, enfin, des têtes. « Et ces têtes, et et ces corps, et toutes ces choses qui [lui] viennent », sont systématiquement qualifiés de « martiens ».

"Tête martienne", 1991, acrylique sur panneau d'isorel, 82x64 cm © Libert commissaire-priseur

« Tête martienne », 1991, acrylique sur panneau d’isorel, 82×64 cm © Libert commissaire-priseur

Ses oeuvres sont datées, signées et titrées au dos, au gros feutre noir indélébile. Tout est martien. Tête martienne, serpent martien, coucher de soleil martien, tempête martienne, serpentin martien, bouquet martien, couple et guerrier martien, « face superposée martienne effectuer » (sic), « Le Martien », « Soleil et terre martienne », insecte martien, visage martien, etc.

Tête martienne, acrylique sur carton © La Brouette de Couthon

« Tête martienne », acrylique sur carton © La Brouette de Couthon

Les matériaux de prédilection sont les cartons de récupération et les panneaux d’isorel (utilisés dans le bâtiment ou comme intercalaires de palettes dans la grande distribution). Il dessine aussi des visages martiens sur des galets de rivière – et sur à peu près tout ce qui peut servir de support. Les couleurs utilisées sont le plus souvent le rouge, le noir et le blanc. Cette gamme chromatique, combinée aux rayures, aux stries et aux volutes qui composent généralement le corps de ses personnages célestes (et qui sont héritées, on l’a dit, des formes de parterres de fleurs que Labelle dessinaient pour les jardins de Villeneuve) n’est pas sans rappeler les oeuvres du cycle de l’Hourloupe de Jean Dubuffet.

Tête martienne exposée en 1996 à Bègles © La Brouette de Couthon

« Tête martienne » exposée en 1996 à Bègles © La Brouette de Couthon

Sa petite maison ouvrière de la cité Rieus de Villeneuve-sur-Lot (qu’il a dû quitter, une rocade est en cours de construction sur son emplacement) était remplie d’œuvres, réalisées jusque sur des poêles à frire…

André Labelle, chez lui, dans les années 2000 © Sud-Ouest

André Labelle, chez lui, dans les années 2000 © Sud-Ouest

Je ne sais pas vraiment expliquer les raisons pour lesquelles je trouve ces oeuvres particulièrement émouvantes. Peut-être parce que ces Martiens sont assez sympathiques, que je suis toujours fasciné par le fait qu’un jardinier municipal se mette un jour à dessiner des visages martiens sur des panneaux d’isorel…

Sans titre, acrylique sur isorel. Oeuvre vendue à Drouot le 16 avril 2014 © Drouot

Sans titre, acrylique sur isorel. Œuvre vendue à Drouot le 16 avril 2014 © Drouot

Labelle ne remplit pas tous les critères de l’artiste brut « canonique », notamment parce qu’il n’est pas, comme beaucoup d’entre eux, en délicatesse avec la société et le monde qui l’entoure. L’immédiateté de sa vocation, son besoin de créer, le fait qu’il soit autodidacte, l’originalité de son travail (typiquement à lui, comme il dit), la franchise de sa démarche font de lui l’un des créateurs outsider français les plus intéressants.

Des oeuvres d’André Labelle sont aujourd’hui conservées dans la collection d’art brut d’Alain Bourbonnais à La Fabuloserie de Dicy, dans celle du musée de la Création Franche à Bègles et dans des collections privées comme celle de Paul Duchein (auteur de plusieurs articles sur Labelle).

Tête martienne, acrylique sur panneau d'isorel, 1991 © La Brouette de Couthon

« Tête martienne effectuer » (sic), acrylique sur panneau d’isorel, 1991 © La Brouette de Couthon

Peut-on vendre une momie ou le pot à moutarde d’un dictateur? 2/2

Suite du précédent billet dans lequel j’expliquais qu’à peu près tout pouvait être vendu aux enchères, exception faite des éléments du corps humain, « sauf lorsqu’ils constituent sans équivoque des biens culturels ». C’est la raison pour laquelle des momies ou des têtes réduites Jivaro passent régulièrement en vente.

Des polémiques récentes ont toutefois montré que des vides juridiques importants existaient dès lors qu’il s’agissait de vendre des biens culturels encore investis, aux yeux des membres d’une communauté, d’une puissance symbolique et d’un caractère sacré évidents. Le cas le plus connu est celui des masques dont la tribu amérindienne Hopi ont tenté d’empêcher la vente en décembre 2013, sans succès. Au regard de la loi française et en l’absence de convention internationale réglementant leur circulation, la vente des masques, avait conclu la justice, n’était pas illégale :

Si la vente de ces objets cultuels peut constituer un outrage à la dignité de la tribu Hopi, cette considération morale et philosophique ne donne pas à elle seule droit au juge des référés de suspendre la vente, qui n’est pas interdite en France

Cagoule Kooyemsi "Tête-de-Boue", circa 1950 - 1960. Hopi, Arizona, USA (adjugé 3200 euros) © Eve

Cagoule Kooyemsi « Tête-de-Boue », circa 1950 – 1960. Hopi, Arizona, USA (adjugé 3200 euros) © Eve

L’autorité de régulation des maisons de ventes a donné son avis sur la question dans son rapport annuel de 2012, appelant les acteurs du marché à ne pas se contenter d’appréhender ces affaires sous le seul angle juridique :

En l’absence de toute possibilité de l’adoption d’une norme générale, impropre à appréhender l’ensemble des préventions fondées sur des croyances particulières, il revient aux acteurs du marché des ventes aux enchères publiques de traiter par eux-mêmes ces questions, dans une approche déontologique de leur activité et dans un contexte de développement des bonnes pratiques.

Pour en revenir à la vaisselle du Führer : le commerce d’objets nazis ne fait l’objet d’aucune limitation. Une loi « visant à sanctionner la vente d’objets liés au nazisme » avait été proposée en 2008, mais n’a pas été adoptée. Seule l’exposition au public de ces objets est prohibée (article R645-1 du Code pénal), et encore : ne sont visés que les uniformes et les emblèmes, seulement donc ce qui comporte une svastika. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le CVV, consulté sur la vente des reliques du Führer, avait donné son aval :

Vous avez le droit de mettre en vente ces objets, dès lors que les lots ne comprennent pas de texte de propagande, de croix gammée, et que vous ne les présentez pas au public, écrivait en substance le directeur juridique de l’autorité de régulation du marché, dans un message datant du 14 mars

La pression médiatique et politique a finalement eu raison de la vente. Rien, du point de vue du droit, ne l’interdisait. Des négociations vont très certainement être engagées pour que les objets intègrent une collection muséale, comme celle du Mémorial Leclerc. Peut-être faudrait-il également consulter les Archives fédérales allemandes pour connaître le statut juridique, outre-Rhin, des archives privées des dignitaires nazis.

Certificat de pilote de guerre d'Hermann Göring, émis en Roumanie. Il devait être vendu lors de la vente, annulée, du 26 avril © Vermot de Pas

Certificat roumain de pilote de guerre d’Hermann Göring. Il devait être vendu le 26 avril © Vermot de Pas

Du fait du manque de règle claire, toutes ces polémiques se règlent au cas par cas : la vente est parfois annulée, les objets sont parfois préemptés par l’État ou, vendus, retournent dans l’ombre d’une collection privée. Comme la vareuse de Pétain, adjugée 1531 euros (avec les frais), en décembre 2012, à un particulier…

Vareuse du Maréchal Pétain, vente Piasa du 11 décembre 2012 © Piasa

Vareuse du Maréchal Pétain, vente Piasa du 11 décembre 2012 © Piasa

Peut-on vendre une momie ou le pot à moutarde d’un dictateur? 1/2

Lundi dernier, 14 avril, le Conseil des ventes volontaires (CVV), autorité disciplinaire et de régulation des ventes aux enchères publiques en France, a annoncé l’annulation de la vente qui devait avoir lieu à Paris le 26 avril sous la direction de la maison Vermot de Pas.

Ce jour-là, des objets personnels d’Hermann Göring et Adolf Hitler, récupérés au printemps 1945, dans les Alpes bavaroises, par des soldats de la 2ème division blindée du général Leclerc, auraient dû être vendus aux enchères. De nombreuses associations avaient demandé que cette vente soit interdite. La ministre de la Culture a saisi le commissaire du gouvernement près du CVV pour demander l’annulation de la vente, « au regard de l’Histoire et de la morale », et la maison Vermot de Pas a finalement décidé de retirer de la vente « ces lots qui étaient de nature à choquer les uns et les autres », comme l’a annoncé la présidente du CVV. Les « prises de guerre » provenaient du Berghof, la résidence secondaire d’Hitler en Bavière, et du train privé de Göring, bloqué en gare de Berchtesgaden par les Américains au début du mois de mai 1945.

Le contenu du catalogue de la vente, désormais modifié, est assez surréaliste : s’y côtoient des livres et manuscrits anciens, offerts à Göring pour son mariage ou ses anniversaires, ses papiers d’identité, des albums de photographies, des documents personnels… et des éléments de la vaisselle du Führer (!!!) : plats de service, louche à crème, salière et poivrière, moutardier, etc.

Extrait du catalogue de vente : la vaisselle du Führer... Source : Gazette-drouot.com

Extrait du catalogue de vente : la vaisselle du Führer...

On peut légitimement se demander ce à quoi pensait le commissaire-priseur lorsqu’il a accepté de vendre les pots à lait d’Hitler… Cela étant dit, des albums photos de la même provenance ont été vendus à La-Roche-sur-Yon en novembre 2013, sans susciter de polémique.

Il me semblait intéressant de faire le point, à l’occasion de cette annulation, sur les règles éthiques et déontologiques qui régissent, en France, la vente de biens meubles et, plus largement, sur les questions complexes que soulèvent la vente d’objets « sensibles ». Au regard de la loi française, et en l’état actuel de la jurisprudence :

  • Tout, ou à peu près, peut être vendu aux enchères. Le périmètre de ce qui peut être vendu, comme pour tout type de vente, n’est limité que par l’article 1128 du code civil qui limite le champ de toute cession en prévoyant qu’il n’y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent être l’objet des conventions. Si le commerce de certains biens fait l’objet de restrictions (c’est le cas des armes, des espèces animales ou végétales menacées), les choses « hors commerce » sont finalement assez rares. Les éléments du corps humain font partie de ces choses qui ne peuvent faire l’objet d’un contrat ou d’une convention, du fait du principe juridique d’indisponibilité du corps humain (article 16-1 du code civil). D’où cette disposition intégrée au recueil des obligations déontologiques des opérateurs de ventes volontaires :

L’opérateur de ventes volontaires s’abstient de présenter à la vente tout ou partie de corps ou de restes humains ou tout objet composé à partir de corps ou de restes humains (article 1.5.4)

Et pourtant… la dispersion de restes humains est monnaie courante en vente aux enchères, tout particulièrement lors de ventes d’arts premiers, d’art précolombien, d’archéologie, d’objets « Haute Époque » ou de souvenirs historiques. On peut citer, parmi d’autres exemples, cette effigie funéraire de l’archipel du Vanuatu, cette tête de momie péruvienne ou cette dent qui aurait appartenu à l’impériale mâchoire de Napoléon

Effigie funéraire, archipel du Vanuatu. Crâne humain et structure végétale © Binoche et Giquello

Effigie funéraire, archipel du Vanuatu. Crâne humain et structure végétale. Vendue en mars 2013 (47 000 euros) © Binoche et Giquello

Tête de momie, Paracas-Nécropolis, Pérou. Vendue en septembre 2008 (6875 euros) © Binoche et Giquello

Tête de momie, Paracas-Nécropolis, Pérou. Vendue en septembre 2008 (6875 euros) © Binoche et Giquello

Dent attribuée à l'Empereur Napoléon. "Incisive centrale supérieure du coté gauche (numérotée 21 dans la nomenclature professionnelle)". Vendue en avril 2012 (11 000 euros) © Osenat

Dent attribuée à l’Empereur Napoléon 1er. « Incisive centrale supérieure du coté gauche (numérotée 21 dans la nomenclature professionnelle) ». Vendue en avril 2012 (11 000 euros) © Osenat

Mettons fin au suspense dès maintenant : la vente d’une dent de Napoléon n’est pas, en droit, contestable. Depuis un décret de 1995, en effet, les tissus et éléments qui se détachent naturellement du corps – cheveux, ongles, poils, dents – échappent aux dispositions du code civil. Il est parfaitement légal de vendre ses dents, et la vente de reliques de personnalités historiques n’a jamais véritablement posé question.

Mèche de cheveux sous une enveloppe rédigée au crayon par le comte Gustave de Reiset : « 12 juin 94. Cheveux de Louis XVII donnés au Cimetière de Ste Marguerite le 12 juin 1894 avant l’inhumation des restes de ce pauvre enfant martyr ». Vendue le 6 juin 2012 (2900 euros) ©

Mèche de cheveux sous une enveloppe rédigée au crayon par le comte Gustave de Reiset : « 12 juin 94. Cheveux de Louis XVII donnés au Cimetière de Ste Marguerite le 12 juin 1894 avant l’inhumation des restes de ce pauvre enfant martyr ». Vendue le 6 juin 2012 (2900 euros) © Pierre Bergé & associés

Mais qu’en est-il d’un crâne momifié, ou d’ossements intégrés à un travail ethnique ? Le recueil des obligations déontologiques, qui a valeur réglementaire (approuvé par arrêté du garde des sceaux du 21 février 2012) a en fait créé une exception à l’interdiction de vendre des restes humains lorsque ces derniers « constituent sans équivoque des biens culturels ». Cette exception est explicitée dans le rapport du CVV de 2012 :

Les éléments ou les produits du corps qui ont fait l’objet d’un travail ou d’une appropriation culturel doivent être distinguées des éléments de corps brut. Devenu objet culturel, l’élément du corps humain est susceptible d’être transmis. Resté élément de corps humain, il est exclu du commerce et plus généralement de toute cession (p. 194)

La dimension « culturelle » d’un élément du corps humain n’est pas forcément aisée à déterminer. Elle peut être liée au traitement artistique qu’il a reçu, à son usage rituel. Aussi, si pour l’effigie Vanuatu la dimension culturelle de l’objet ne fait pas de doute, la vente d’une tête de momie Paracas me semble plus problématique… La tête elle-même n’a connu aucun usage rituel, la momification n’est le fait d’aucun savoir-faire ni traitement funéraire particulier (ce sont les conditions climatiques de la côte Pacifique péruvienne qui ont conduit à la momification naturelle des corps). Le catalogue de vente, certes, mettait fortement en avant la déformation crânienne rituelle qu’avait subi, de son vivant, le défunt, et qui constitue l’une des pratiques les plus mystérieuses de certaines civilisations précolombiennes. Cette déformation suffit-elle à conférer au crâne une dimension culturelle ? Le débat est finalement très proche de celui qu’avait suscité, en 2012, la restitution de têtes maories à la Nouvelle-Zélande. Si l’affaire était compliquée par le statut juridique des têtes (en théorie inaliénables du fait de leur appartenance à des collections publiques), le cœur du problème résidait bien dans leurs « dimensions » concurrentes : biens culturels versus restes humains…

L’exemple de la tête Paracas prouve en tout cas que la législation est plutôt permissive. Pour le dire vite, la vente de restes momifiés semble permise dès lors que la charge « historique » de ces restes ne fait aucun doute. Et que la vente ne fait pas polémique.

Tête de momie, culture Nazca. Vendue en juin 2008 (4500 euros) © Pierre Bergé & Associés

Tête de momie, culture Nazca, 300-600 ap. J.-C. Vendue en juin 2008 (4500 euros) © Pierre Bergé & Associés

Mais peut-on vendre le pot à moutarde d’un dictateur ? Réponse dans le prochain billet…